27 octobre, 2008 par Alfonso MADRUGA
(automne)

Les arbres rouges sont
la menstruation de la vie,
l’amorce de tout coeur brisé
qui naît des heures pourri.
Leurs feuilles tombent jusqu’au soir
criant le rêve d’angoisse
les yeux noyés dans les mains
une autre me touche et me froisse.
Il faut oublier il faut oublier
mémoire étranglée du rire
la mort a fait son effet
avant de gueuler je veux vivre.
Le long du trottoir effilé
je tente la séparation,
dans le froid de la saison
me vient un mot de pardon.
Les arbres rouges sont
le mensonge et la cautèle,
la pierre angulaire broyée,
la passion dans la mollesse.
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14 mai, 2008 par Alfonso MADRUGA
(controverse)

Même si je ne crois pas au destin
là,
derrière la porte de ma bastille
il me présage
de sa rondeur agaçante
et son relent exotique
Il a rassemblé ses parties pour m’éviter
la tristesse la joie la terreur le courage
Qu’en est-il du saut périlleux de mes yeux
dans cette nouvelle amante
Qu’en est-il de ses mains araignées
sur mon coeur hexapode
Me le dira-t’il parce que moi,
j’ai perdu ma voix
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21 février, 2008 par Alfonso MADRUGA
(orientation)
Ce n’est qu’à l’équateur des soirs des palmeraies
que le métissage de l’eau et la chaussée
soulève les minutes du naturel glacé.
Rien n’est trascendant,
pas même la rime des instants,
ni la trace des semelles usées de la réflexion.
J’ai redécouvert le sirop ambré
où la musique me retrouve nouveau-né,
mais il ne reste plus grand monde,
et l’accent s’est perdu.
Le parfum des plantes savourées marque le chemin
quasiment désert, inutilement nu
dans ce moment,
j’attends.
Je revis l’acritude mimée d’un pays lointain
où les mots ont cessé de pousser.
Ne pense pas, avant de rentrer
ne pense plus.
Ce voyage signifie la nuit que j’ai bousculé.
Rien ne m’attire une fois revêtu.
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17 février, 2008 par Alfonso MADRUGA
(râle)
Hors de ma demeure, vos pieds
tous les fumiers du monde
la racaille, les parasites
toutes vos dents et vos ombres.
Vous empestez l’existence
de votre orgueil, votre crâner
de vos chaînes invisibles
de croire que vous croyez vrai.
Or rien n’est plus feint sur le globe
mythomanes, pervertis
personne n’est à convaincre
ne saôulent que vous, ces cris.
Mendiants ou gaupes chétives
pas besoin de faire le trottoir
cela se porte dans l’âme
les malfaits vos tripes laissent voir!
Que reste à faire pour vous?
Souffrant d’acharnement, arrivés à bout
quand la terre vous appartiendra
l’homme aura cédé sa place au rat.
Mais la violence se retourne
comme l’idole qui rend esclave
contre celui qui l’adore
abattant ceux qui l’acclament.

«La violence est le dernier recours de l’incompétent.»
Isaac Asimov
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14 février, 2008 par Alfonso MADRUGA
Allow me to breathe the silk in thine eyes
For thy beauty is a menace so wise.
* * *

Amie au loin, ne souffre pas des vagues égarées,
une bégonia mûrit les ailes de ta féerie.
Confiance philosophique, estime regagnée,
si l’améthyste respire dans tes mains, chante.
Qui ne t’a vu ne peut comprendre la fantaisie
d’une camélia pourprant ton humeur séduisante.
Aux soirs rêvant de musique, d’une rencontre intime,
les dahlias panachent la découverte esquive.
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10 février, 2008 par Alfonso MADRUGA
Dieu est le machiniste
du train de tous mes obstacles.
Suis-je l’assistant
le charbon
ou le feu?
Quelle que soit ma fonction
la sueur perle mon visage.

découverte
soudaine
douloureuse
ironique
apaisante
je ne suis
au centre
de nul
système solaire

À travers la fenêtre la lumière.
Si je tends la main le froid.
À travers si je saute le froid.
Si je tends l’âme la lumière.
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10 février, 2008 par Alfonso MADRUGA

La tristesse habite en nous tous.
Même si elle est endormie.
Je ne peux écrire que si je la réveille.
Je ne peux jouer de la musique sans la cacher.
Mon écriture n’est pas torturée, c’est ma pensée.
Ma bouche ne se réjouit pas, c’est mon esprit.
Rire jusqu’au larmes si mon coeur pleure,
aux éclats si mon corps explose de bonheur :
les deux chaussures à mes pieds.
S’effondrer par les mots qui se heurtent au blanc,
s’envoler sur les notes qui brillent un instant :
les deux gants sur mes mains.
La gaieté naît du chagrin,
l’humour de cette connaissance.
On ne peut aprécier la beauté d’une seconde
sans avoir vécu une minute d’abjection.
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9 février, 2008 par Alfonso MADRUGA
À vingt ans, je ne savais rien.
Mais je croyais tout connaître.
Quand j’étais sûr de moi
c’était par orgueil,
non pas à l’issue de mes épreuves.
Quand je m’exprimais
mon style était véhément,
ridiculement passionné.
Même si mes arguments
ne valaient pas un centime,
mes harangues étaient intempestives,
dogmatiques. Inconvenantes.
Il a un caractère difficile,
sifflait-on.
C’est un original,
rajoutait-on parfois.
Quelle intéressante personnalité,
avançaient les plus lâches.
J’ai grandi, depuis.
Aujourd’hui, mon vécu me fournit aussi bien
en souvenirs agréables qu’affligeants.
J’ai appris à me taire
et à écouter, surtout.
Je m’y applique encore, ce n’est pas commode.
Des fois je passe pour un naïf.
Ou un frivole.
Je m’en fiche.
Ce qui est important pour moi
c’est de savoir où j’en suis.
Et de m’accepter.
J’accepte même que quand j’essaye de faire
le bien, les autres veuillent en profiter.
J’accepte que quand j’arrive à faire du mal,
on me méprise.
Mais j’ai peur que demain
la bonté finisse par cacher de l’intérêt,
et la cruauté devienne l’esclave de la malice.
Parce que de toute manière
si durant tout ce temps-ci
quelque chose est résté inchangée,
c’est la réaction des gens.
Dédain et jalousie,
regards louches ou condescendance,
autant d’ennemis immuables
jouant le rôle de parrains de ma croissance.
Comment donc puis-je savoir
si les mots que je produis en ce moment
appartiennent à l’adolescent féru
ou a l’homme qui se cherche?
Est-ce que je fais moi-même partie
des êtres qui me détestent?
La fortune n’est pourtant pas bien loin.
En réalité, atteindre le bonheur
c’est savoir d’une manière définitive
que tout cela n’a pas de véritable importance.

«Le monde n’a rien gagné avec ma venue,
il ne perdra pas sa gloire après ma sortie.
Mes oreilles n’écoutèrent jamais personne.
Pourquoi mon arrivée? Pourquoi mon départ?»
Omar Khayyam (dans Robaïyat)
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16 janvier, 2008 par Alfonso MADRUGA
Qu’on interdise la consommation de cannabis.
Qu’on interdise la consommation de tabac.
Qu’on interdise la consommation de cocaïne.
Qu’on interdise la consommation d’amour.
Mais s’il vous plaît.
Qu’on légalise le foot.

Lance cette pierre.
Regarde-la rebondir.
Sur ce sang.
Quel beau ricochet.

Tout le monde a l’air de rien.
Moi je ne suis pas tout le monde.
Pourtant, j’ai l’air de rien.
J’ai l’air de rien d’un autre monde.
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14 janvier, 2008 par Alfonso MADRUGA
On a parfois tenu à me remémorer que ce n’est pas moi
qui a fini par coucher avec elles.
Même si j’aurais voulu les aimer.
Même si j’en étais déjà aux pourparlers.
Pourquoi cette volonté de me vexer?
Je rappelle que ce faux-amour
n’a jamais fait d’un possesseur de biroute
un homme.
Après, il faut toujours s’expliquer.
Que veux-tu de moi, enfin?
Qu’est-ce qu’il s’ensuit, maintenant?
Les rails qu’on a construit
ce soir, vont-ils nous entraîner dans la même direction
ou bien vont-ils bifurquer?
On aura aussi, ce fut un plaisir,
peut-être à demain.
Suivi de quelques prises de tête et des insomnies.
Ah, mais moi
je dors tranquille.
Peut-être ai-je tort. Mais après quelque réflexion
j’ai décidé de payer.
Je paye. Oui.
Je paye parce que les préliminaires sont épuisants
et souvent creux.
Je paye pour ne pas devoir inventer d’explications.
Je paye parce que ça me donne une raison d’appeler
l’argent de l’ordure.
Je paye parce que ça l’aide à vivre.
Je paye parce que dans chaque homme habite une bête féroce
qu’il est préférable de mener en laisse
plutôt que de se laisser mordre par elle.
Finalement,
je paye pour me débarrasser de ce qui m’empêcherait
d’aimer d’une façon honnête.
Je ne sais que trop bien qu’on ne va pas,
qu’on ne voudra pas me comprendre.
Mais à partir de maintenant tu sauras,
quand je regarde dans tes yeux à toi qui m’ont pillé la cervelle,
quand je parle et que ces sillabes s’amassent en rafale,
quand je veux rester près de toi, même si tu t’en ris,
quand j’esquisse un mouvement doux et que tu te dérobes,
que c’est parce-que je t’aime de toutes me veines,
et crois-moi,
ce qui se trouve sous mes lombes a un rôle insignifiant
dans toute cette histoire.
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