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Gravier

 

Etre si loin que la vie me revienne
Rester si près que l’orage me rue
Un instant crue dans mon coeur souveraine
En un instant seul l’amour saugrenu
Et si les pierres décharnent ma canne
Pourpre un tapis me relève et salue
En un printemps un automne et ses feuilles
Sont l’agrément d’un fardeau révolu.

« 見ぬが花。»

La patience et ne pas deviner
quelles baies mûriront ou quand
Un prix seulement l’attente
entretenue par les petits devoirs
qui nous construisent.

Ne plus refouler cette force
à l’affection bue
ni la tendresse qui se peint
dans mes mains dans ton regard des fois
quand ils me parlent.

Comme au samouraï ayant manqué à son devoir
le tantô de la tristesse fait ravage dans mon sein
et malgré l’insupportable douleur
s’impose l’absence de qui me décapitera.
Gît à mes pieds un nouveau poème de mort…

A son souvenir

(désert)


Pourquoi les foulées de notre histoire m’insultent
avec leur inopportunité
Et la pluie qui radote des vers de beauté a cessé les caresses
à mon coeur essoré

Pourquoi tous ces départs si je ne voyage plus
dans le crépuscule qui s’attelle à mes pieds
Quand je trempe mon regard dans les notes d’hier
un silence décroche et au sol me rabat

Même l’achat d’un désir détourne la gourde de mes lèvres
Mais la pluie…

Bien au nord de mon être l’ennui, des bontés illusoires
aux sourires aimables des pauses jadis
Ou la grêle…

Tout un poème sur elle ne pourrait contempler l’amertume
ni l’amour qui me reste


Exode

Tout nus dans la vallée des rires et des hontes
Creusée par le torrent de cette vie ridée,
Nous croyons au miroir brisé des yeux des autres
Et trahissons la peur de nous savoir blessés.

Le ballon du bonheur ne peut tout transporter
Pour vaincre les nuées il doit perdre du lest
Ainsi l’heureux qui fait du rêve un dernier geste
Fait deuil de toute joie qui ne peut pas durer.

Fonçant désespérés après de vagues proies,
Survolant l’aliment qui pousse sous nos pieds
Et n’ayant pas le temps d’aprêter notre feu,
Nous mangeons froid le fruit d’une course effrénée.

Trinquons dans le déluge, aimons dans le désert,
Accueillons le printemps de l’âme, aussi l’hiver !
De l’agonie du faux allons nous démunir,
A chaque instant choisir entre vivre ou mourir.

 

Mars 2011, monastère de N.D. du Chant d’Oiseau , Bruxelles

Courtes pensées III

un dernier cri ces mots
qui salissent la pensée
qui trahissent la vie
un vomissement
une obscénité
ces mots
la vie

où je viens
d’où je vais
quel sens à l’origine

ma définition lue
dans le dictionnaire de la folie

hypnotisé par la frayeur

de me savoir
de me savoir

C’est vrai on n’ose plus
se raisonner,
être tout seul,
affronter le chef,
défendre une opinion,
fuir ses racines
de temps en temps,
abolir cette image
de sourd
de manchot
ou de rassi,
être sensible,
dire je t’aime,
aller plus loin,
avoir la trouille,
soigner son âme,
s’expatrier.
porter du poids,
s’acharner,

lutter.

Les pensées sont une sorte de vaccin:
la piqûre peut faire mal,
mais la santé s’en réjouit.

Je voudrais me noyer dans tes yeux amandés
Qu’en larmes se protègent de notre départ,
Une fois que la voile aura médit l’amarre
Tu écriras la musique de ma mélopée.

Si ton rire aux éclats fait volée dans le ciel,
Que ton esprit navigue fosses et lumières
En relief sur les pas qui t’ont fait plus entière,
Ces mémoires je veux supplanter au soleil.

J’aimerais que la pluie couve encore les heures
Infinies à l’abri des dialogues complices
Quand le soir s’habillait en clarté novatrice
Sur les cendres des mots des repas en couleur.

Ta gaieté qui a piégé mon âme aventureuse
S’est alliée contre doutes et fins turbulentes,
Que le temps ne fatigue jamais notre entente,
Frêre et soeur aux sommets des forces éveilleuses.


A ma petite soeur Coco

I

Sur le pavé carrelé de nuages les arbres éclairent les orées du doute. Des roues silencieuses arrosent les ailes indociles des mallards. D’un cri vert brillant, l’étale voilure du froid agite les yoles domptées par la berge. Sous mes bottes, l’eau frisonne et n’abrite plus les passants.

II

Ne flottent sur ces feuilles ni insectes ni rameaux, uniquement des sanglots sans espoir. En remontant l’escalier de pierre, l’enfant brûlé trébuche puis est sauvé par les flots. Dès ce moment tout s’éternise, l’exubérance expire et les sièges s’oublient sur les terrasses.

III

De faibles feux prennent doucement le chemin de retour vers les astres à la dérive. Des pêcheurs aux ombres vitrées somnolent sur le canal inanimé. Etoile, verrai-je mes branches fléchir de nouveau et la sève abandonner la rive ?

IV

Dans mes bras je berce une légende et son imposture. Chaleur, humidité et sa triste présence, la verdure amadouée s’attendrit sur le raisin. La pâleur qui coule alors réconforte bientôt quelques idées lointaines qui ont éteint leur retour.

V

Je respire sans secours les visions d’un dément échoué dans l’averse. Tout sent l’automne.