(origine)
Il y a des amours que l’on ne saurait vaincre
Leur force s’abreuvant en sources de faiblesse
On pourrait balayer ces détritus d’un rêve
Qui, s’il fut jamais vrai, rendent la foi traîtresse
Mais on a préféré ces monceaux de poussière
Prendre lieu sous nos lits, sur lesquels des squelettes
S’acharnent à faire l’amour brouillant tibias et chairs
Avec une insolence insultant le matin
D’une vie non voulue, du fruit, de ce cadeau
Banni de son berceau, raté, qui est l’être humain.

* * *
(ruine)
L’étang du remords débouche
sur le noir spatial
car j’ai enfin compris.
Je ne reçois rien en échange
de mon sacrifice.
Que des larmes.
Le sentiment d’une immense peur.
La solitude.
Un géant piétinant tout sur son chemin
en direction opposée au mien
me tend la main.
Cours en fuyant!
Fuis en pleurant!
Vers quel asile?
Ne cherche même pas.
Celui d’une nouvelle annihilation.
* * *
(ineffacé)
Du rouge, du rouge partout
en voulant me soigner de mes propres doigts.
Le sable étouffe ma brise, ce regard froid,
je respirais encore en rêvant de toi.
Du rouge, du rouge partout
en voulant étrangler ma passion non rendue.
Mutilation prescrite, pour bien endiguer
la gangrène rampant dans mon être déchu.
Du rouge, du rouge surtout
en attendant d’apaiser mon génie dément
je fusille mon coeur de balles à blanc
chaque nuit en expirant, le matin en renaissant.
Tout est rouge
parce que tu m’oublies.
Parce que je revis.
* * *
(averse)
Que faut-il que je fasse pour freiner la chute,
cette affusion d’épingles
qui à mes plumes veulent se substituer?
Mes envols ne font pas partie de ton désordre
Je voudrais
que ta plaie ne soit pas partagée
N’es-tu pas en âge de décider à qui
appartiennent les dents qui te caressent,
les lèvres qui, ayant couvé inlassables tes sommets,
en redescendent pour te défriser?
Tu n’es pas seule
Je suis là
Mais tu n’as personne
en vue de l’épidémie qui se propage,
qui a tourné le vin dans ton coeur,
qui risque de meurtrir mes bras déjà si bouleversés

* * *
(ombrage)
Long regard prison de mon âme
traître cerbère de ses sens
envie affoleuse la rendant
cruelle ennemie,
blesse ce coeur, annule autrui.
Mon cerveau méconnaît le calme
mon courage de pénitent
haït le caprice parti
cherchant l’issue indéfinie
comme un vautour rongeant l’horreur
de ma liberté périssante
victime de sa jalousie.

* * *
(bagatelle)
Le soir capitulait
sur la place
Alors
nos deux vues
se sont mêlées
Croyais-je la connaître?
non
ce n’était pas le cas
Mais elle
elle me matait toujours
Et moi
de mes yeux fureteurs
j’ai flatté ses cheveux
j’ai courtisé son regard
j’ai caressé ses joues
j’ai roulé sur ses lèvres
Puis j’ai tenté
de saisir
sa personne déguisée
cette ombre
En profil
nous étions déjà
dos à dos
quand
(chose étrange)
subitement et
en parfaite alliance
nos cous
se sont tordus
nos visages ont voulu
demeurer
face à face
Quelques pas
encore quelques pas
avant de m’exiler
J’ai finalement scruté
devant moi
et on m’a
interpelé
Qu’est-ce que t’as?
Rien
c’est juste
que
j’aurais voulu
reconnaître quelqu’un
* * *
(lucidité)
On est entré chez moi voir si je dormais
et, jaloux,
ils ont voulu déchirer mes paupières.
* * *
(déboire)
Comme des rapaces mourant dans l’haleine
De la terre à jeûne, oxydée, nos rêves
Explosent dans l’air quand le ciel est vif
Puis sont recrachés sur nos ambitions.
L’âme est suicidaire, le ventre torture
Nos yeux qui crient, pleurent, muets se retranchent
Dans le sang crasseux des idées mourantes
N’acceptant jamais l’affreuse déception
Un manteau de pierre vient lentement peindre
Ce qu’autrefois fut passion et couleur
Quand mûrit en nous l’immonde expérience
De l’assassinat de notre émotion.

* * *
(engagement)
Requête
glaciale,
fougue
de mon ouïe
Tant d’intérêt
s’insinuant
dans mes tripes
écroule
mon buste
achève
l’envie
Ce que j’accorde
je le vomis
mais mon amour
ne s’est pas adouci


Nouveau poème :
Arte y Pico 06/02/2008 - Créé par