À vingt ans, je ne savais rien.
Mais je croyais tout connaître.
Quand j’étais sûr de moi
c’était par orgueil,
non pas à l’issue de mes épreuves.
Quand je m’exprimais
mon style était véhément,
ridiculement passionné.
Même si mes arguments
ne valaient pas un centime,
mes harangues étaient intempestives,
dogmatiques. Inconvenantes.
Il a un caractère difficile,
sifflait-on.
C’est un original,
rajoutait-on parfois.
Quelle intéressante personnalité,
avançaient les plus lâches.
J’ai grandi, depuis.
Aujourd’hui, mon vécu me fournit aussi bien
en souvenirs agréables qu’affligeants.
J’ai appris à me taire
et à écouter, surtout.
Je m’y applique encore, ce n’est pas commode.
Des fois je passe pour un naïf.
Ou un frivole.
Je m’en fiche.
Ce qui est important pour moi
c’est de savoir où j’en suis.
Et de m’accepter.
J’accepte même que quand j’essaye de faire
le bien, les autres veuillent en profiter.
J’accepte que quand j’arrive à faire du mal,
on me méprise.
Mais j’ai peur que demain
la bonté finisse par cacher de l’intérêt,
et la cruauté devienne l’esclave de la malice.
Parce que de toute manière
si durant tout ce temps-ci
quelque chose est résté inchangée,
c’est la réaction des gens.
Dédain et jalousie,
regards louches ou condescendance,
autant d’ennemis immuables
jouant le rôle de parrains de ma croissance.
Comment donc puis-je savoir
si les mots que je produis en ce moment
appartiennent à l’adolescent féru
ou a l’homme qui se cherche?
Est-ce que je fais moi-même partie
des êtres qui me détestent?
La fortune n’est pourtant pas bien loin.
En réalité, atteindre le bonheur
c’est savoir d’une manière définitive
que tout cela n’a pas de véritable importance.

«Le monde n’a rien gagné avec ma venue,
il ne perdra pas sa gloire après ma sortie.
Mes oreilles n’écoutèrent jamais personne.
Pourquoi mon arrivée? Pourquoi mon départ?»
Omar Khayyam (dans Robaïyat)

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Arte y Pico 06/02/2008 - Créé par